Ramener le Conflit Syrien dans le Cadre de l’ONU, pas de l’OTAN

Le Figaro, 27 Novembre 2015

Vladimir Iakounine constate qu'il aura fallu attendre les attentats sanglants à Paris pour que les puissances mondiales s’unissent dans la lutte contre Daech. L'ONU sera indispensable à la coalition.

 
Vladimir Iakounine est docteur en sciences politiques et co-président de l'Association Dialogue franco-russe.

Il n'est pas exagéré d'affirmer que le 13 novembre dernier, le conflit syrien s'est étendu à l'ensemble du continent européen. Les attentats soigneusement planifiés intervenus au centre de Paris ont montré à quel point les systèmes d'Etat démocratiques fondés sur le droit sont vulnérables face au terrorisme international.

Ils ont aussi montré combien il est dangereux de provoquer des conflits armés dans le but de provoquer le changement du pouvoir ou provoquer des «chaos constructif». Le risque est alors considérable que de l'instabilité politique qui en résulte naissent des groupes terroristes.

Il faut le reconnaître: le nombre écrasant de victimes engendré par les derniers attentats à travers le monde, Russie incluse, puis par les monstrueuses attaques terroristes intervenues en France, sont la conséquence directe d'une politique à courte vue de certains dirigeants politiques envers le Moyen-Orient. Si les plus entreprenants d'entre eux comme l'ex-Premier ministre T. Blair reconnaissent aujourd'hui l'erreur commise il y a douze ans lorsque, sur la base de fausses informations, une intervention en Irak fut décidée hors des procédures de l'ONU, d'autres se contentent du silence jusqu'à présent.

Déjà en 2011, dans sa dernière allocution filmée, le leader libyen M. Kadhafi mettaient en garde le Conseil de l'OTAN des conséquences qu'aurait la destruction des structures d'état dans son pays. Sans commenter ici la politique de Kadhafi lui-même, en regardant en arrière, je ne peux pas ne pas attirer l'attention sur son idée que la Libye a toujours constitué une barrière protégeant l'Europe des groupes armés du Moyen-Orient et du continent africain comme de l'immigration de masse en provenance de ces continents.

Le chaos qui a suivi le renversement du pouvoir en Libye et en Irak, le “printemps arabe” en Egypte et en Tunisie et la naissance du monstre Daech, devraient obliger la communauté internationale à réfléchir aux conséquences de ces politiques. Pourtant, la leçon n'a pas été assimilée et on a répété méthodiquement les mêmes erreurs en Syrie.

Il est triste de constater qu'il aura fallu attendre les attentats sanglants dans la capitale française pour que les puissances mondiales, incluant les Etats-Unis, la Russie et la France deviennent plus unies que jamais dans la lutte contre Daech. Dès le début de ses opérations aériennes en Syrie, on a soupçonné Moscou de vouloir renforcer le trône chancelant du Président Assad et de s'affirmer comme force régionale dominante. Est-ce réellement le cas? La réponse se cache dans les propos récents du Président russe Vladimir Poutine quand il a promis de châtier «en n'importe quel point du globe» les auteurs de l'explosion ayant détruit un avion russe au-dessus du Sinaï. La Russie intervient contre le terrorisme, elle lutte contre la propagation de la barbarie et défend ses citoyens ; elle ne vient pas soutenir une partie prenante. C'est ce qu'avait bien compris le général de Gaulle, lui qui avait dit: «le peuple russe ne sera jamais heureux tant qu'il saura que quelque part dans le monde, on commet l'injustice».

Le terrorisme est un genre particulier de criminalité qui vient frapper les cultures non pour leurs caractéristiques nationales ni religieuses ou encore politiques, mais contre leurs systèmes de valeurs. Les groupes terroristes ne sont plus locaux, ni idéologiquement ni territorialement. C'est précisément pour cela que seule une vraie coalition internationale de paix peut lutter contre le mal international.

On ne pourra éradiquer la terreur qu'en détruisant son fondement. Ce fondement, c'est l'instabilité politique, le «chaos constructif» mentionné plus haut.

Pour cela, il est incontournable de replacer la régulation de la crise au Moyen-Orient dans le cadre de l'ONU. Toute intervention hors de ce cadre dans le conflit ne conduira qu'à l'amplifier.

La France à qui il est plus difficile que jamais de faire preuve de sérénité s'est justement adressée à l'ONU avec une proposition de résolution contre le terrorisme. Un des états fondateurs de l'ONU ayant déjà consacré une énergie considérable pour la normalisation de la situation au Moyen-Orient pourrait ainsi devenir la locomotive pour tous les participants au processus de paix en Syrie et dans d'autres régions agitées du monde. Dans ce cadre, la Russie a définitivement tendu la main à son allié.

Dans les périodes les plus difficiles, la Russie et la France sont toujours restées fidèles aux idées de paix, de diplomatie et d'alliance. Déjà en 1914, à la veille de la Grande Guerre, le Président R. Poincaré déclarait à l'Empereur Nicolas II au sujet de l'entente entre nos deux pays: «Les heureux résultats de cette association permanente se font sentir chaque jour pour maintenir l'équilibre dans le monde. Fondée sur une communauté d'intérêts, l'alliance a constamment donné une preuve de son action bienfaisante d'inébranlable solidité. Demain comme hier, la France poursuivra, dans une collaboration intime, quotidienne avec son alliée, l'oeuvre de paix et de civilisation».

Source: http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/11/27/31002-20151127ARTFIG00338-ramener-le-conflit-syrien-dans-le-cadre-de-l-onu-pas-de-l-otan.php