Approcher les societes, rapprocher les cultures

Du Rapprochement des cultures à une Culture du rapprochement

Par Charly Gabriel Mbock, Professeur des Universités, Directeur, Centre de Recherches Interdisciplinaires en Stratégies socioculturelles

Reunion d’experts sur la decennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022), Siege de l’UNESCO – Paris, 24-25 mars 2015

Après une brève analyse des concepts et du défi épistémologique qu’ils impliquent, il apparaît que l’UNESCO, en conscience des nations, interpelle l’expertise pour des propositions d’actions concrètes.

Face à la polarisation du monde et à la conflictualité qu’elle génère, nous convoquons l’Afrique culturelle profonde dont les structures sociales polysegmentaires et polynucléaires savent organiser les structures mentales pour la convivialité socioculturelle. Au-delà des hommes, ce qui se passe entre les hommes. Cet espace de vie interstitielle s’avère la niche de la nouvelle identité humaine en ce qu’il actualise l’enjeu de l’altérité.

Mais comment rapprocher les cultures des peuples sans concilier le culturel et l’économique dans un contexte de financiarisation qui fait du monde un vaste marché? En associant dialogue culturel, justice sociale et partage des ressources, l’UNESCO émet l’hypothèse que tout déficit de dialogue (culturel, social et économique) pour la satisfaction des besoins vitaux constitue la gâchette des duels sociaux. Les inéquités socioéconomiques victimiseraient ainsi la culture par les intolérances sociales qu’elles déclenchent.


L’insécurité socioculturelle grandissante interpelle le monde pour le dialogue interculturel. Il s’agit de réorganiser l’entre deux culturel par l’invention d’une identité humaine relationnelle, pour une civilisation du rapprochement.

Or mon identification comme reconnaissance de mon identité passe par autrui : je suis parce qu’autrui me reconnaît. Pour demain, la nouvelle identité humaine se doit d’être relationnelle, interstitielle, pour l’avènement d’une nouvelle civilisation fondée sur une culture du rapprochement.

L’avènement de cette nouvelle civilisation commande de:

- Renoncer au complot ambiant d’uniformisation et d’homogénéisation du monde, inspiré du totalitarisme économique qui, à son tour, engendre le totalitarisme ou l’hégémonisme culturel.
- Structurer les distances culturelles pour rapprocher les cultures (Porcs-épics de Schopenhauer - Le Paradoxe des frontières)
- Socialiser l’économie en décarcérant le social du financiarisme économique
- Réconcilier les peuples et l’Histoire en soldant quelques comptes socioculturels
- Recourir par une archéologie épistémologique aux ’’puissances de la caverne’’ dont les morphologies sociales de l’Afrique et de l’Occident originels offrent des illustrations modélisantes. Car si ailleurs les tragédies humaines conduisent à des procès comme Nuremberg, en Afrique, ces tragédies débouchent sur une « Commission Vérité et Réconciliation » (Afrique du Sud) ou sur les « Gatchatchas » (Rwanda) pour restaurer le Cercle du consensus et de la cohésion sociale par le dialogue interculturel.
- Organiser des Pôles régionaux de Recherche et Plaidoyers pour le Dialogue des cultures
- Diligenter une pédagogie des passerelles pour l’avènement d’une civilisation du rapprochement

Pendant longtemps les Sciences sociales ont été scientifiques: le monde attend qu’elles deviennent sociales. Après avoir lu et écrit des livres sur le monde, le moment semble venu de lire la société pour réécrire le monde.

CGM

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